Au risque de passer pour un gros lourdaud ringard qui ne sait vivre avec son temps, je me suis senti dans l’obligation de faire le point sur le paysage cinématographique de ce début de millénaire. Alors, sommes nous dans une phase de pure liberté innovante du 7ème art (comme ce fut le cas des 70’s) ou sommes nous en train de connaitre ce que certains jugent comme étant « la pire époque du cinéma » à cause d’idéologies puritaines honteusement « dissimulées » dans la plupart des bobines que la Mecque du cinéma (comprenez Hollywood) souhaite bien vouloir nous inculquer ?
Très large sujet que je souhaite aborder là… Et surtout qui risque de ne pas plaire à tout le monde tant le mutisme dont fait preuve la plupart des gens vis-à-vis du cinéma dans sa globalité prouve que si on donnait de la merde estampillée « Production Jerry Bruckheimer », la populace se ruerait au premier multiplexe venu pour engraisser une oie dont l’appétit parait sans fin. En effet, il est difficile pour moi de rester de marbre sur un sujet tel que celui-ci qui a la particularité de me faire sortir de mes gonds. Et oui, il n’est jamais trop tard pour rappeler à M. Tout-le-monde que le cinéma est un art (et oui le 7ème même, ce qui ne veut pas dire qu’il arrive en 7ème position et donc qu’il perde en légitimité, loin de là). L’art implique un certain respect. Chose que les pontes hollywoodiens semblent mettre de côté depuis prêt d’une dizaine d’année (voir depuis la première moitié des 90’s).
Comment a-t-on pu en arriver là, à se retrouver face à des choses hybrides sans la moindre âme et aux messages soit politique, soit idéologique, soit fanatico-religieux (« Le Monde de Narnia » est tout autant aberrant que « Battlefield earth » à mes yeux) qui sous le prétexte (je dis bien prétexte) d’être des divertissements, ont le droit de nous offrir des bousasses qui ne cessent de battre des records en termes de budget et de foutage de gueules en prenant ses spectateurs pour des gros beaufs acculturés et élevés à la TV réalité (comment ça c’est ce que nous sommes ?).
Je ne suis pas contre tout blockbuster estival, loin de là. Il est important de rendre à César ce qui appartient à César : les américains sont les meilleurs dans ce domaine. Nous pourrons citer toute une batterie de films spectaculaires et grand public qui ont mérité leur succès (« Lord of the ring », « Star Wars », « Jaws », « Spiderman », « Back to the futur », « Indiana Jones »…). Principalement des films francs, fait par des passionnés qui souhaitent partager leur amour du cinéma (et faire des pépettes aussi, certes…). Mais quand je vois des œuvres telles que « I’am a legend » qui a le mérite de massacrer (à ce qu’il m’a été dit) une œuvre originale en se concluant sur une sorte de louange puritano chrétienne gerbante et un pro américanisme sauveur du monde, je dis « stop ». Il est clair que le cinéma à grand spectacle américain ne vaut plus rien. Nous sommes passés du divertissement pure et simple (et sincère surtout) à une sorte de « spectacle » édulcoré, aseptisé, chargé de pseudo bonnes pensées, sans la moindre possibilité laissée au spectateur de se créer sa propre vision et interprétation du film tant le travail est prémâché afin de contrôler parfaitement le pauvre homme qui sera un consommateur de plus. Car oui, on peut parler de client et non plus de spectateur. Client car on fidélise la personne, on lui garantie des films « produit par celui qui vous a apporté » (« From the guys who bring you »…). Remarquez bien que l’on parle de producteurs sur une affiche et plus rarement de réalisateurs ou encore même de scénaristes (pourquoi avoir besoin d’un scénario tant qu’on a un budget qui permettra de mettre tout plein de jolies images de synthèse à en donner la cataracte…).
Non l’art a donné place définitivement au pur produit de consommation où l’on promet toujours plus de surenchère numérique et pyrotechnique (quitte à perdre en crédibilité scénaristique).
Bref, de ce point de vu, le cinéma grand spectacle américain ne tient plus ses promesses de cinéma familial (hors de question de laisser mes enfants voir des aberrations limite propagandes faisant l’énième éloge de la liberté démocratique américaine comme on peut le voir dans « Independance Day »).
Par contre, là où mon article devient intéressant (bah oui, jusqu’à présent je ne faisais que me plaindre comme un de ces vieux séniles qui ne jure que par un passé soi-disant meilleur), provient de l’analyse que l’on pourrait faire d’un nouveau cinéma américain indépendant. A ce niveau là deux courrants (ou plutôt sous divisions) apparaissent :
- Le cinéma indépendant d’auteurs totalement décomplexés : C’est le cas des nouvelles coqueluches telles que P.T. Anderson qui lorgne sur les plates bandes de R.I.P Robert Altman (« Boogie Night », « Magnolia », l’hypnotisant « Punch Drunk Love » et l’ultime « There will be blood), Wes Anderson (« La vie aquatique », « Darjeeling Limited »…), mais aussi de tous nouveaux cinéastes qui fleurissent depuis deux ans avec des projets enthousiasmants qui ont la particularité de traiter des sujets graves et fondamentaux concernant nos sociétés sur des tons légers qui permettent de redonner un once d’espoir (les meilleurs exemples sont bien évidemment « Little Miss Sunshine » et « Juno »). Bref, un cinéma d’auteur qui n’essaye pas de péter plus haut que son cul et dont la seule vocation est de divertir tout en faisant souvent passer des messages humanistes non pompeux et respectueux du spectateur.
- Le cinéma de genre indépendant : qui est très largement mené à bout de bras par les frères Coen depuis plus de 20 ans et dont Hollywood semble enfin daigner une reconnaissance grâce au triomphe qu’ils ont pu obtenir lors de la dernière cérémonie des oscars (quelle bande d’incompétents… dire qu’il aura fallu attendre près de 40 ans à Scorsese pour cette même reconnaissance…). Bien entendu, je mets aussi Tarantino dans le sec, même si ces deux derniers projets ont bénéficié de budgets colossaux avec un arrière goût mercantile parfois douteux, mais bon, quand on aime on ne compte pas…
Enfin, tout n’est encore pas à jeter dans sa totalité dans le cinéma actuel. Du moins, du moment qu’il est fait par des passionnés comme c’est le cas des « geeks ». Et oui, les geeks, une sorte de communauté élevée aux « Star Wars », comics et autres jeux vidéo et qui nous prouve qu’une réel contre culture a pu se forger durant les 80’s au point que cette dernière est récupérer par l’industrie hollywoodienne afin d’essayer d’extirper encore quelques euros à nous, pauvres fanatiques qui regrettons chaques adaptations toutes plus foireuses les unes que les autres à l’exception de la trilogie « Spiderman » qui justement a été mené par un pur représentant geek : Sam Raimi. Si cette adaptation (avec celle des « X-men ») a permit de relancer cette mode qui me donne la gerbe (tant elles sont faites avec une sorte d’irrespect des œuvres originales et des fans), il est forcé de reconnaitre qu’avec les deux premiers « Batman » de Tim Burton, il s’agit des meilleures adaptations de comics. Ceci est partie causé par le fait que Raimi est un fan de cette saga et souhaitait en faire une version ultra respectueuse quitte à offrir moins de spectacle afin d’appronfondir ses personnages comme ce fut le cas du deuxième épisode (chose qu’il aura du mal à faire sur son troisième volet à l’exception de la naissance de Sandman).
Et oui les geeks ne sont pas seulement des ados attardés tout plein de boutons sur le gueule avec comme unique désir de ne pas mourir puceau, ils peuvent aussi et surtout faire preuve de génie créative comme c’est l’exemple de Simon Pegg et Edward Whrigt (« Shaun of the dead », « Hot Fuzz » et l’énorme série « Spaced ») qui ont réussi le parie fou de rassembler comédie, action et références mythiques.
En résumé, le cinéma actuel ultra populaire, « multiplexalisé » ne vaut rien, oui. Mais une certaine forme de rébellion grandissante est en train d’émerger et peut nous faire déduire qu’elle sera certainement le digne successeur du cinéma de genre et de contestation similaire à celui des 70’s. En attendant, faisons des économies et boycottons les bouses pré formatées hebdomadaires.


